Dans Fullmetal Alchemist Brotherhood, le plan de Roy Mustang pour renverser Central n’est pas une rébellion impulsive. C’est une stratégie construite sur des années, fondée sur la patience politique, des alliances discrètes et une lecture précise des rapports de force au sein de l’armée d’Amestris. Ce que le colonel Mustang prépare, c’est une prise de pouvoir institutionnelle, depuis l’intérieur d’un système qu’il cherche à réformer sans le détruire entièrement.
L’ambition de Mustang colonel : devenir Führer pour changer Amestris
Roy Mustang occupe le poste de colonel au QG de l’Est au début de la série. Cette position, éloignée du centre du pouvoir, est délibérée. Il y constitue une équipe de confiance : Riza Hawkeye à ses côtés comme garde du corps et conscience morale, Havoc, Breda, Falman et Fuery comme relais opérationnels.
Son objectif déclaré auprès de ses proches est de devenir Führer. Pas par ambition personnelle brute, mais parce qu’il estime que seule la position la plus haute de l’État permet une réforme réelle des politiques militaires d’Amestris. Maes Hughes partage cette vision et travaille depuis Central à collecter des informations qui permettront à Mustang de progresser dans les échelons.
Le plan repose sur une montée en grade progressive, suffisamment discrète pour ne pas alerter le haut commandement tout en consolidant une base d’alliés fidèles à chaque étape.
La mort de Hughes et le tournant du plan secret
L’assassinat de Maes Hughes par les Homunculus marque une rupture dans la stratégie de Mustang. Hughes avait découvert que la corruption au sommet de l’État n’était pas simplement politique : elle impliquait des entités non humaines infiltrées jusqu’au Führer lui-même.
Sa mort prive Mustang de son relais le plus précieux à Central. Elle transforme aussi la nature du plan : ce n’est plus seulement une ambition de réforme, c’est une lutte contre un pouvoir occulte qui utilise l’armée d’Amestris comme instrument d’un projet bien plus vaste que le maintien d’un régime.
Mustang réoriente alors ses efforts. Il accepte sa mutation à Central, ce qui lui permet d’être au cœur des événements tout en maintenant l’apparence d’un officier carriériste soumis à la hiérarchie.

La coordination militaire pour prendre Central
La phase active du plan de Mustang s’enclenche lors des événements qui précèdent le « Jour de la Vérité ». Le soulèvement ne repose pas sur ses seules forces. La prise de Central est une opération coordonnée sur plusieurs fronts simultanément.
Les forces de Briggs, commandées par le général Olivier Armstrong, constituent un appui militaire décisif. Armstrong pénètre dans le haut commandement avec ses troupes et combat les généraux corrompus depuis l’intérieur de Central elle-même. Mustang, lui, dirige ses hommes dans les rues et les bâtiments de la capitale pour neutraliser les forces loyales au régime.
Un élément narratif notable : une partie des soldats de Central finit par se retourner contre leur propre chaîne de commandement une fois informés des véritables objectifs des dirigeants. Le soulèvement gagne ainsi une légitimité qui dépasse la simple rivalité entre factions militaires.
- Les forces de Mustang prennent le contrôle des accès stratégiques de Central en neutralisant les troupes loyalistes dans les points névralgiques de la capitale.
- Les soldats de Briggs, intégrés dans Central sous couverture, activent leur mission lors de la confrontation finale contre le haut commandement.
- Des soldats de la garnison rejoignent progressivement le camp des rebelles après avoir été informés du véritable projet des Homunculus et du Führer Bradley.
Mustang face au piège des Homunculus : la manipulation d’Envy
Le moment le plus révélateur du caractère de Mustang intervient lorsqu’il affronte Envy, l’Homunculus responsable de la mort de Hughes. Après avoir neutralisé Envy, Mustang est sur le point de le tuer par vengeance, dans un état de rage froide qui l’isole de ses valeurs.
Riza Hawkeye, Edward et Scar interviennent pour le ramener à lui. Cet épisode est central dans la construction du personnage : Mustang doit choisir entre la vengeance personnelle et la cohérence de son projet politique. Céder à la première compromettrait le second. Il recule.
Cette séquence illustre aussi une limite structurelle de son plan : pour réformer un État militarisé, Mustang doit lui-même rester dans les cadres moraux qu’il entend imposer. La légitimité de sa future autorité dépend de ce contrôle.
Réforme institutionnelle ou simple changement de dirigeants ?
La question que pose le récit va au-delà de la victoire militaire. Mustang prend le contrôle de Central. Les Homunculus sont défaits. Le Führer Bradley est mort. Mais les structures de l’armée d’Amestris, celles qui ont produit le massacre d’Ishval, sont toujours en place.
Les officiers qui ont exécuté les ordres lors de cette guerre, dont Mustang lui-même, restent des figures du nouveau régime. Le changement de Führer ne démantèle pas les mécanismes institutionnels qui ont rendu ces crimes possibles.
Brotherhood aborde cette tension sans la résoudre entièrement. Mustang déclare vouloir enquêter sur Ishval et participer à sa reconstruction. C’est un engagement moral concret, mais il reste à l’état de projet au terme de la série. La réforme promise est une direction, pas un résultat accompli.
Ce positionnement narratif est cohérent avec la construction du personnage tout au long de la série : Mustang est un réformiste sincère opérant à l’intérieur d’un système corrompu, ce qui implique qu’il en porte aussi une part de responsabilité. Son accession au pouvoir résout la crise immédiate, mais laisse ouverte la question de savoir si un individu, même bien intentionné, peut transformer de l’intérieur une institution fondée sur la violence d’État.
Le coût personnel du plan de Mustang
Mustang sort de la bataille de Central avec une cécité partielle, conséquence d’avoir été forcé à ouvrir une Porte de la Vérité par les Homunculus. Cette perte de capacité physique, pour un alchimiste dont le pouvoir repose sur la précision visuelle, est lourde de sens.
La victoire politique a un coût immédiat et concret. Mustang ne retrouve la vue que grâce à l’intervention d’un personnage extérieur, ce qui inscrit sa trajectoire dans un réseau de dettes et de solidarités plutôt que dans la seule logique du mérite individuel.
Son plan pour renverser Central réussit sur le plan militaire et politique. Ce qu’il fait de ce pouvoir, et ce qu’Amestris fait de son passé, constitue la question que Brotherhood laisse en suspens après le générique final.

